vendredi 19 décembre 2025

 

Andrée D - Urielle- Chapitre 1

 

Décembre 1960 – Urielle a 11 ans

 

La journée n’a connu qu’un ciel morose. Les rafales de vent, pourtant puissantes ne sont pas parvenues à balayer l’accumulation des stratus bas, tenaces, pisseux. Accentuant l’impression de froid malgré les températures encore positives.
En cette fin d’année, la nuit est tombée brutalement sur le pensionnat, vidé de la quasi-totalité de ses jeunes résidentes.
Pour le surplus, ne restent à perpétuelle demeure que les Sœurs de la Communauté. Pour l’heure, elles endossent sans excès d’enthousiasme, la charge de prendre soin des pensionnaires qui – pour une raison ou une autre – n’ont pas rejoint leur famille pour les vacances de Noël.
Dont, dans la section primaire, les seules Anne et Urielle.

 Les pieds nus des deux amies ne trahissent leur course dans le couloir que par un écho assourdi. La pierre bleue en absorbe les traces à peine laissées. Seuls leurs rires étouffés pourraient les dénoncer.
« Chut ! Tu vas nous faire repérer. En principe, on dort depuis au moins une heure… »
« Chut, toi-même ! Mais t’inquiète pas. La cuisine est déserte depuis belle lurette, et les Sœurs sont trop occupées avec leur crèche et la répétition de leurs chants. »
Les gonds de la porte du réfectoire grincent de façon sinistre, provoquant une nouvelle cascade de rires, mains plaquées sur la bouche pour en atténuer la sonorité. Echange de regards, les yeux ronds simulant la panique.
« Hoh là, là ! Qu’est-ce que ça sent bon ! »
Une rangée de cakes aux fruits confits finit de refroidir sur les antiques grilles en fer, rongées ci et là par les assauts du temps.
« Urielle, non ! On a dit qu’on piquait des pommes dans le cellier. Un cake et on est foutues ! Elles le verront à coup sûr ! »
«  Oui, oui, les pommes. En tout cas, on mérite au moins ça… »
Urielle et Anne fourrent les pommes dans leurs poches de pyjama.
« Tu crois qu’elles ont compté le nombre de cakes ? Oh, regarde, il y en a un qui est entamé. »
La tentation est trop forte et le menu du souper a été bien trop frugal et insipide pour leur appétit. Urielle se saisit d’un des couteaux de cuisine accrochés à l’aimant au-dessus du plan de travail et en tranche deux généreuses parts.
Leur larcin accompli, les deux complices repartent en sens inverse, bouches pleines, cœur léger battant la chamade. En omettant, dans la précipitation de refermer la porte et en oubliant de nettoyer et ranger le couteau. Les miettes quant à elles, jouent au petit Poucet...
Clic ! Lumière drue, intense, brutale.
« Alors mesdemoiselles ! Vous prenez la liberté de voler le cake destiné à l’orphelinat. C’est honteux ! Pensez à ces pauvres enfants ! Vous êtes privées de dessert et de sortie jusqu’à la rentrée. Vos parents en seront informés dès demain. Vous me copierez deux cent fois « Le vol est un pécher dont je me repens » ».
Porte refermée rudement sur Sœur Aimée, sa figure de carême et sa sempiternelle humeur maussade.
« Quelle menteuse, cette Sœur Aimée. L’orphelinat n’en verra pas une miette de ces cakes. A moins que ce ne soit les Sœurs qui sont orphelines. » Urielle pouffe une fois de plus.
La punition recèle deux bonnes nouvelles. D’abord, les Sœurs ne se sont pas aperçues de la disparition des pommes. Ensuite, les filles sont dispensées de la corvée du Noël familial : vieilles tantes moustachues, robe apprêtée, trop petite et en laine qui pique, invités inconnus et léchouilleurs de joues enfantines pour Anne. Quant à Urielle, elle se sent allégée de l’inévitable interrogation : ses parents viendront-ils la chercher ou seront-ils accaparés par plus important qu’elle. Elle sent la pression du conflit de sentiments s’éloigner de ses préoccupations. Pour cette fois l’abandon sera de son fait, la désillusion reportée à plus tard.

Les deux cents lignes de « Le vol est un pécher dont je me repens » seront truffées de « Le pécher est un bol dont je me détends » et autres paronymes boiteux. Ignorés de Sœur Aimée, qui comme anticipé se contentera de mettre les feuilles à la poubelle.

lundi 24 novembre 2025

 

Andrée D - Urielle- Prologue

 

« Ça non, je n’ai pas été une enfant désirée ! »
Urielle contemple les rebonds et plis de son ventre, partiellement recouverts d’eau moussue. En fin de journée, rien ne détend autant ses jambes malmenées par l’arthrose et ses pieds endoloris qu’un bain très, voire trop chaud aromatisé de bulles parfumées et douces.
« Et donc, pas question de reproduire le schéma. »
Une respiration yogique fait pointer le nombril et dégouliner le savon en congères gourmands. La peau a perdu de sa fermeté. Les dessins crémeux s’en trouvent d’autant plus tortueux, inédits et réjouissants pour le regard avant qu’ils ne s’effacent sous le reflux de l’eau tiède.
« Pas de « fruit de mes entrailles », beurk ! Une stérilité réfléchie, engagée, promise somme toute sous la sauvegarde de mon statut de « Sœur Marie-Angélique » au terme d’interminables années d’internat, d’études et de noviciat. »
Le tout, habilement manœuvré par ses géniteurs, le plus loin possible du domicile parental.
« C’est pour ton bien. Tu y auras une bonne éducation, que nous ne pouvons pas te donner. Avec notre métier, tu comprends ? »
Non, elle ne comprenait pas et s’en contrefichait royalement. Au surplus, elle n’avait jamais pu définir les contours de ladite activité professionnelle.
La vie au pensionnat puis monastique avait permis l’édification entre eux d’un mur d’autant plus infranchissable que virtuel, bâti sur la réciprocité d’une indifférence teintée de rancœur et sur l’imagination enfantine.
« Déjà, histoire de se venger de ma naissance, ils m’ont dit avoir hésité à m’appeler Lucie. Lucie Ferre, ah, ah, ah ! Drôle, n’est-ce pas ? Le regard du préposé à l’état civil a dû les dissuader. Ils se sont rattrapés avec Urielle. Moins évident mais tout aussi tordu pour qui est amateur d’angéologie. Je restais le porteur de lumière plein d’ambiguïté… mais – au fond- cela m’ouvrait le champ des possibles. ».
Le comble avait été atteint avec « Marie-Angélique », fruit d’un clin d’œil à l’ironie grinçante de l’attributaire et de l’innocente inattention de la Mère Supérieure.
Dans la bouche des adolescents sous sa surveillance en salle d’étude, Sœur Marie-Angélique n’a pas tardé à se muer en « Sœur Malik ».
« Bien sûr ces incultes décérébrés n’y ont pas vu malice, tout occupés à zapper sur l’ancêtre de Tik-Tok, mais quand même … comment ne pas y voir l’intervention arbitraire du Tout Puissant ? ».
Urielle se projette assez bien dans l’ange musulman, gardien de la porte des Enfers lors du jugement dernier. Le mélange des cultures, la grande dispersion de Babel, le poids des âmes, le choix des Elus, ce chaos fracassant de pensées, de superstitions, fois et croyances… titillant, non ?
Elle rouvre le robinet d’eau chaude, déterminée à ne sortir de son Éden aquatique que les doigts et orteils plissés. Elle se délecte du plaisir luxueux et sensuel, longtemps tabou et sanctionné de l’opprobre jeté sur le péché.

Progressivement mais depuis longtemps, la transgression l’a délivrée des interdits avec, hic et nunc, la conscience aigüe de ce que sa liberté n’est plus cantonnée dans les seules pensées prohibées mais s’épanouit, au bout de son chemin de vie, dans une volupté assumée.
Et tout ça, pour une fois, grâce à ses parents qui ont eu le bon goût de mourir ensemble dans un stupide accident routier. Intestats, sans autre héritier connu qu’elle, l’enfant non désirée.

L’entretien avec le Notaire, tout onctueux de componction lui avait dessillé le cerveau, laissant entrevoir, dans une fulgurance jubilatoire la voie d’un renoncement à ses vœux religieux sans douleur ni privation.
Pas de fin tragique à la « Sœur Sourire », voix claire et joyeuse pour évoquer Dominique, sa haine des Albigeois et susciter l’ironie des cyniques. Pas de suicide dans la solitude.
Le loisir de se défroquer dans une relative aisance.
Mais quand même … garder ses habits monastiques. On ne sait jamais, ça peut servir.




mardi 11 novembre 2025

 Andrée D - Urielle - fiche

 

 

Choisir un personnage

Publier l’image si possible (je n’y arrive jamais )

Etablir sa fiche

Nom :  Ferre..........................................................................................

Prénom : Urielle – connue sous le nom de Sœur Marie-Angélique.........

Age : 75 ans...........................................................................................

Adresse : un tout petit appartement à Bruxelles...................................

Situation familiale : vit seule, sans famille.............................................

Métier : Bonne sœur en charge de la surveillance des petites classes du secondaire – a depuis lors renoncé à son état de religieuse.........

A défaut d’image :

Allure physique, style vestimentaire : porte l’habit des nonnes – regard provocateur, cigarette à la main...........................................

....

La fiche est rudimentaire.  Ce sera votre premier travail de lecteur de proposer des éléments complémentaires dans le commentaire sur le prologue.  Je vous apporterai des précisions à ce sujet en temps utile.

 

M’envoyer 3 séries différentes des chiffres de 1 à 6 dans un ordre aléatoire.

 

Les chiffres du dé sont : 6-5-5

            5-1-4

            3-4-1

 

Prologue

Lancer le dé : impair le matin, pair le soir.  Les activités du personnage au début de la journée ou à son retour, le soir.  Il s’agit de montrer le personnage dans la banalité de sa vie quotidienne en-dehors des contraintes de sa vie professionnelle.

Le prologue n’entame pas le récit.  Ce n’est pas le premier chapitre.  Il sert seulement à présenter le personnage en le montrant en action pour suggérer des traits de caractère.

 

Le travail consistera à élaborer un texte mosaïque en 6 chapitres

Chacun des 6 chapitres associera une circonstance de la vie, un objet et une couleur.

Les chapitres se suivront sans ordre chronologique en fonction de la consigne qui déterminera la circonstance.

Les différents chapitres peuvent couvrir l’ensemble de la vie du personnage ou au contraire se limiter à une période restreinte.  Le hasard des consignes sera déterminant.

Si les premiers textes pourront sembler n’avoir de lien que l’identité du personnage, au fil du travail, les connexions se feront plus nombreuses et plus étroites.  Surtout ne pas forcer au début, ne pas vouloir à tout prix déterminer d’emblée une unité dans le récit.  Se laisser porter par les consignes.

Le « montage » se fera lors de la mise au point finale.

Il y a aura peut-être un épilogue, peut-être pas pour tout le monde.  Trop tôt pour le dire.

 

Comme je sais que vous pensez dès maintenant à votre prologue, je ne vous laisserai qu’une semaine pour le publier ainsi que l’image du personnage et sa fiche.  Et une semaine pour les commentaires.  Par la suite nous reprendrons le rythme habituel de deux semaines pour l’écriture, une semaine pour les commentaires. 

Je vous ferai généralement des demandes précises à propos du contenu des commentaires.  J’insiste pour que vous en teniez compte : c’est la base du travail d’atelier.

De toutes façons je vous fournirai comme d’habitude toutes les précisions utiles au fur et à mesure du travail.  A vous de consulter régulièrement mon blog.

 

 


 

  Andrée D - Urielle- Chapitre 1   Décembre 1960 – Urielle a 11 ans   La journée n’a connu qu’un ciel morose. Les rafales de vent,...